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Lorsqu’on aime une personne souffrant d’anxiété, on aime simplement une personne qui souffre d’anxiété

17 février 2018 • amy

L’autre soir, après avoir pris mes médocs, avant de me coucher, comme d’habitude, je traîne sur les réseaux sociaux. Soudain, le titre d’un article me tape violemment à l’œil:

Pourquoi les personnes qui souffrent d’anxiété sont les meilleures personnes à aimer ?

Étant complètement shootée aux effets secondaires, je ne prends pas la peine de le lire et me contente de m’endormir dans ma rage cynique et mes rires sarcastiques.

Aujourd’hui, je l’ai lu.
A cause de ma pathologie, j’ai souvent des problèmes de concentration qui me rendent la lecture difficile. J’aurais préféré mobiliser ma concentration pour quelque chose de plus sympathique à lire, comme la suite e-book du Visiteur du Futur, La Meute, que je n’ai toujours pas fini de lire…

Mais bon, maintenant que j’ai perdu mon temps, autant le perdre totalement en m’entêtant à écrire mon avis, de personne souffrant d’anxiété, par rapport à cet article.


Les bases

Avant d’entamer mon avis, j’aimerais m’attarder sur les bases. Qu’est-ce que l’anxiété ? Souvent on confond stress et anxiété. Même si les deux sont parfois de paire, ce ne sont pas les même choses.
Le stress, tu l’as au travail, tu l’as en cours, tu l’as quand t’as le trac de monter sur scène, tu l’as quand tu mattes un film d’horreur et que t’as peur des screamers et jumpscares, tu l’as quand tu date une personne, etc. Il s’agit d’une réaction normale liée à une pression, une peur, une atmosphère inquiétante ou autre chose de… stressant. Ce qui, souvent, génère une excitation, des réactions physiques et psychiques parfois absurdes, une inquiétude, des palpitations, ou plus largement un état de…. non-calmeMais, une fois éloigné-e de la source de stress, ça va mieux. Quand tu rentres du travail/de cours, que tu démarres ton chill-mode option Canap’ / Netflix, normalement ton corps se détend, tes idées redeviennent plus claires, et le stress n’est plus là.
Note: Attention, cependant, ici je parle d’un stress commun à beaucoup de personnes: un stress qui n’est pas lié à une pathologie.

Quant à l’anxiété, même si les sources anxiogènes peuvent être similaires aux sources de stress, c’est tout autre chose. Là où on différencie souvent stress  et anxiété, c’est qu’on n’a pas besoin de proximité avec la source anxiogène pour être anxieux-se et pour avoir les symptômes. Ainsi, même en rentrant du travail/des cours, on aura beau se mettre devant Netflix, l’anxiété et ses symptômes seront toujours là, et peuvent parfois devenir une véritable hantise. Parfois l’anxiété est tellement forte que les choses simples deviennent extrêmement difficiles si ce n’est inatteignables. L’anxiété nous fait extrapoler la difficulté d’actions. Parfois, on se créé même des difficultés. On peut aussi complètement perdre notre confiance en soi, à court terme, comme sur le long terme.
Par exemple, il y a des moments, je dois sortir pour faire une course, voir des gens, prendre mon courrier, ou autre… Dans le mouvement, je bloque devant ma porte, change d’avis et retourne dans mon lit.
Parfois aussi, me lever de mon lit, faire deux pas, et me faire à manger m’est complètement impossible. Je m’en sens incapable, « je suis une merde, je suis une merde » tourne dans ma tête, pourtant inactive j’ai des palpitations, ma tête bouillonne, et je ne peux rien faire. Vient alors une crise.
Et tout ça se produit sans qu’il n’y ait nécessairement une cause directe. Les symptômes de l’anxiété, comme dit précédemment, n’ont pas forcément besoin de la proximité avec une source anxiogène pour se manifester. Parfois ces symptômes se manifestent dans un contexte totalement différent de la source anxiogène. Et il arrive même, qu’ il n’y ait pas de source anxiogène!

Bref, vous avez compris, quand tu souffres d’anxiété, c’est la merde ! « – Basique »Dirait Orelsan.


Passons à l’article !

Commençons par le début. (Oui, parfois je suis un peu Captain Obvious)
Extrait de Topsante

Les personnes qui souffrent d’anxiété ne sont pas parfaites, mais personne ne l’est. Lorsque vous aimez quelqu’un qui souffre d’anxiété, vous aimez quelqu’un en harmonie avec toutes ses émotions. Quelqu’un qui ressent tout avec son être et qui ne s’excuse pas pour cela.

La première phrase d’introduction est déjà foireuse. Elle veut juste signifier que les personnes souffrant d’anxiété sont comme tout le monde, par le biais d’un fait indéniable : personne n’est parfait. Ce qui est presque ironique puisque le but de l’article semble vouloir vanter les mérites d’être en couple avec une personne anxieuse. De ce fait, techniquement, on exclu les personnes anxieuses du tout le monde.  Je reviendrai sur cet aspect plus tard. (Genre ici, à la conclusion.)
Ensuite, les deux phrases suivantes sont juste… fausses. Premièrement, non, PAS TOUTES les personnes anxieuses sont en harmonies avec leurs émotions. Même, je dirais qu’il n’y en aurait qu’une minorité. Quand tu fais une crise d’angoisse (ou une quelconque crise), quand tu sens l’anxiété monter, tu perds petit à petit le contrôle de toi et de tes émotions…
Deuxièmement, pareil, les personnes souffrant d’anxiété n’ont pas forcément la confiance en soi qui permet de ne pas s’excuser d’être ainsi. Au contraire, chez les personnes neuro-atypiques*, en incluant les individu-e-s qui souffrent d’anxiété, beaucoup se sentent –injustement certes– coupables, beaucoup s’excusent, beaucoup se sentent illégitimes, à cause de la pression d’une société où avoir le contrôle de soi et de ses émotions et globalement ne pas avoir de pathologie, sont des normes.

*Neuro-atypique: Ce terme définit une personne dont le fonctionnement mental n’est pas dans la norme dominante. On retrouve ainsi dans ce terme les personnes autistes, zèbres (haut QI), bipolaires, borderline, narcissiques (troubles de la personnalité), dépressives, anxieuses (trouble de l’anxiété généralisée), obsessionnelles compulsives, etc. (voir les articles à ce sujet sur Troll de  Jardin dont ma définition est issue). EDIT : Attention, cependant cette définition ne fait pas l'unanimité auprès de tout le monde.
Bref, toute personne qui ne rentre pas dans le moule attendu par la société en terme de fonctionnement cérébral et qui par conséquent subi une oppression appelée psychophobie.
Les personnes se trouvant dans la norme mentale dominante sont dites neurotypiques par opposition.

Définition par Unique En Son Genre

Je ne vais pas m’attarder sur toutes les phrases, seulement sur celles qui me semblent pertinentes. Presque tous les paragraphes sont construits de la même manière: être dans une relation amoureuse avec une personne qui souffre d’anxiété == tel fait montré comme une règle => développement du fait.
Il s’agit donc d’une sorte de catalogue de faits, montrés comme absolus et sans exceptions, visant à montrer ce que c’est –selon la subjectivité de l’auteur-ice– d’aimer une personne ayant de l’anxiété.  Une fois que t’as capté le mécanisme de l’article, t’as juste à voir où sont les bullshits. 


Voici alors une liste des passages qui ont retenu mon attention:

Extrait de Topsante

 1) Lorsque vous aimez quelqu’un qui a de l’anxiété, vous aimez quelqu’un qui est sensible et empathique. C’est le genre de personne qui ressentira votre tension après une longue journée de travail.  Il ressentira votre colère, juste en entendant vos pas dans la salle. Il lira votre langage corporel et écoutera la façon dont vous parlez et saura immédiatement si quelque chose ne va pas. [Voir ma réponse]

2) Les personnes qui ont de l’anxiété sont de vieilles âmes sensibles. Ils ont un grand cœur. Et ils mettront toute leur énergie dans cette relation. [Voir ma réponse]

3) Lorsque vous aimez quelqu’un qui souffre d’anxiété, vous aimez quelqu’un qui croit en vous de tout son cœur et qui vous aime de toute son âme. Ils savent qu’ils ont des problèmes et que leur santé mentale peut parfois peser sur vous et votre relation, mais au fond d’eux ils savent que vous ne partirez pas. [Voir ma réponse]

4) Vous aimez quelqu’un qui acceptera vos démons, parce qu’il a passé toute sa vie à se battre contre lui-même. Vous aimez quelqu’un qui ne vous jugera jamais pour votre santé mentale et les facteurs déclenchants,  parce qu’il a vécu avec toute sa vie. [Voir ma réponse]

5) Et quand vous aimez quelqu’un qui souffre d’anxiété, vous aimez un être humain merveilleux. Bien sûr, l’anxiété ne définit pas ce qu’il est et ne devrait pas définir votre relation. Mais, sachez simplement que ce n’est pas une personne brisée. En fait, l’anxiété est la raison pour laquelle elle est aussi forte et vous auriez beaucoup de chance de rencontrer une personne comme elle. [Voir ma réponse]

Note à moi-même, après avoir copié/collé: Ouaiiiis… t’as du boulot !

  1. Pas nécessairement! Je sais, ça paraît super étonnant –sarcasme– mais il y a des personnes qui ont des difficultés à comprendre les sentiments, émotions, ressentis d’une autre personne qui les exprime. Il y a même des gens qui les expriment d’une manière que peu de gens comprennent. Moi-même, j’ai souvent des difficultés à comprendre les émotions via le comportement d’une personne.
    Et aussi, juste:  » Il ressentira votre colère, juste en entendant vos pas dans la salle ». Il y a des personnes anxieuses qui pourraient se sentir très mal, voire fuir face à un tel comportement colérique par peur d’être [à nouveau] victime de violence, ou tout simplement parce que la colère peut être anxiogène et toxique pour une personne souffrant d’anxiété.
    Ça paraît aussi étonnant –ai-je besoin de préciser le sarcasme ?-, mais il y a des personnes anxieuses qui ne sont pas empathique du tout.
    Ce passage on dirait une description très raccourcie d’une personne hypersensible. Alors qu’il n’y a pas besoin d’être hypersensible pour souffrir d’anxiété. Et vice versa…
  2. Si on part du principe que pas toutes les personnes souffrant d’anxiété sont empathique, pas toutes les personnes souffrant d’anxiété ont un grand cœur.  
    L’énergie, parlons-en ! Chez les personnes neuro-atypiques, qui peuvent souvent avoir une énergie très limitée chaque jour, l’anxiété peut être très énergivore. Si je reprends mon exemple personnel où je n’arrivais pas à me lever et me faire à manger, il y a aussi l’énergie à prendre en compte. Plus on angoisse, plus on se fatigue psychologiquement et physiquement.
    Alors mettre toute son énergie dans son couple quand on est atteint-e d’anxiété, ça peut être très difficile et pas donné à tout le monde. Il y a des personnes justement qui fuient autant que faire se peut les situations amoureuses car ça peut être une source anxiogène, et donc les priver d’énergie.
  3.  Ici, y’a beaucoup à dire, je vais diviser le paragraphe en 3 étapes:
    • Comme dit précédemment, les personnes ayant de l’anxiété peuvent perdre confiance en elles sur le court et/ou long terme. Et lorsqu’on perd confiance en soi, il peut être compliqué d’avoir confiance en quelqu’un-e d’autre. Même, parfois, il n’y a pas besoin de ne pas avoir confiance en soi pour ne pas avoir confiance aux autres.
    • Non. Les personnes souffrant d’anxiété ne sont parfois pas conscientes de leur santé mentale et de l’impact que ça peut avoir sur des relations (amoureuses ou non d’ailleurs). Et cela arrive que l’impact de l’anxiété sur une relation puisse devenir  un motif de culpabilisation de la personne anxieuse. Ce qui peut empirer l’état de sa santé mentale. Beaucoup de relations se sont brisées à cause des troubles mentaux d’une personne.
    •  Encore une fois, il est possible que l’anxiété ait un tel impact important sur une relation qu’elle peut se briser. Donc non, ce n’est pas le cas de tout le monde de savoir au fond de soi que l’autre/les autres ne partira/partiront pas. J’ai vu, personnellement, beaucoup de gens abandonner une relation parce qu’une personne souffrait d’un trouble mental ou d’anxiété. Dans un sens comme dans l’autre.
    • Beaucoup de personnes souffrant d’anxiété, dans une relation, ont justement cette peur que l’autre/les autres parte(nt). Des simples (non-)actions peuvent nourrir leur anxiété. Comme par exemple ne pas répondre à un SMS/Message. Les paroles ne sont aussi pas toujours prises à la légère par une personne anxieuse, elles peuvent heurter, provoquer l’inquiétude. Donc, si vous êtes dans une relation avec une personne, que vous savez souffrir d’anxiété, faites attention à vos faits et gestes pour ne pas heurter cette personne.
      Vous comprendrez donc que l’Affirmation 3 est en fait archi-fausse dans beaucoup de cas.
  4. Non plus. Souffrir d’un trouble mental, souffrir d’anxiété, ne fait pas l’ouverture d’esprit d’une personne, même en ce qui concerne des troubles mentaux. D’ailleurs, deux personnes souffrant de troubles mentaux, différents ou non, peuvent très bien intoxiquer leur relation. Parfois, les troubles mentaux peuvent nous rendre incompatibles à tel type de personne, telle personne qui souffre de tel trouble. Et cette incompatibilité peut très bien nous faire tomber dans le jugement.
    En clinique psychiatrique, j’ai observé ce phénomène. J’ai moi-même été dans le jugement de personnes ayant telle ou telle pathologie, tel ou tel trouble. J’ai moi-même cherché à éviter certaines personnes. Tout simplement parce que ça aurait été toxique pour moi d’avoir des interactions sociales approfondies avec elles vu leurs souffrances.
  5. Les personnes souffrant d’anxiété, peuvent être des personnes brisées. Elles peuvent être très abîmées par leur vécu, fragilisées par les normes neuro-typiques, fatiguées de leur(s) trouble(s)…
    Et ce dernier paragraphe résume bien la bullshit de cet article dans sa globalité. On a ici un éloge mielleux et niais  d’aimer une personne souffrant d’anxiété.
    Je comprends bien ici la volonté de l’auteur-ice qui est d’écrire un texte bienveillant, visant à montrer les qualités de personnes marginalisées par la société à cause de leurs troubles. Mais ça se transforme au final en quelque chose de faux et idéalisé, et qui devient presque dangereux.

Conclusion

Ce qui m’avait frappée dans le titre, c’est justement ce côté élogieux. J’arrive pas trop à définir ce que c’est. Je serais bien tentée de dire que c’est de la fétichisation, mais ce n’est pas exactement cela.

Cet article est un non-sens complètement absurde! On montre les personnes anxieuses du doigts pour dire qu’elles sont comme tout le monde. C’est l’idée d’exclure des personnes par rapport à un critère arbitraire pour « mieux les inclure ». Comme pour leur donner une sorte d’utilité, de place dans la société... Ce qui, au final, revient à dire : « Hey, tu veux un-e bon-ne amoureux-se ? Prends une personne qui souffre d’anxiété ! ». Et ça devient complètement pervers. Ça explique que si tu veux une bonne relation, tu dois choisir une personne qui souffre
Et c’est cet aspect qui est mal transcrit ici. La souffrance. Il n’y a que l’expression « qui souffrent d’anxiété » qui parle de la douleur. L’évocation de la souffrance est très abstraite dans cet article. Il n’y a même pas de définition de ce qu’est l’anxiété. C’est pourtant extrêmement important, puisque c’est le sujet de l’article!
Au final, cet éloge bienveillant, on pourrait penser qu’il est destiné aux personnes qui souffrent d’anxiété, puisqu’on peut deviner la volonté de leur redonner confiance. Mais au final, il s’adresse bel et bien à des personnes non-concernées, pour leur lister les avantages d’être dans une relation avec une personne anxieuse. C’est juste vendre les personnes anxieuses. Ce qui est totalement dégueulasse!
De plus il ne s’agit que de la subjectivité de l’auteur-ice. Pour un catalogue, ça manque justement et totalement d’objectivité. Surtout qu’il n’y a que des déclarations absolues et fausses dans la majorité des cas.

Bref, vous l’aurez compris, aimer une personne souffrant d’anxiété, c’est tout simplement aimer une personne souffrant d’anxiété. Rien de plus.
Si, prenez soin d’elle, écoutez-la soyez patient-e-s et bienveillant-e-s !

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